Maxime Duranté

Swing Husky

Je pourrais arguer que j’écris des histoires depuis ma plus tendre enfance, sauf que ça serait pas vrai. Je pourrais arguer que j’écris comme je respire, que les mots virevoltent sans effort sur le miroir de je sais trop quelle muse, sauf que ça serait pas vrai non plus. En vérité, je crois que j’ai vraiment commencé à écrire par manque d’argent et d’amis, à l’entrée de l’adolescence, et que la difficulté de la chose n’a fait qu’augmenter au gré des années. Ce goût de l’âpreté à la tâche, je le brandis désormais en idéal de l’Attelage ; j’en ai fait un étendard et un adage. Ne cherchez donc pas de plumes qui se complaisent dans la facilité en ces murs : c’est par ma volonté que les besogneux se sont rassemblés.

 

À ceux qui diraient « en voilà un qui a su creuser son trou », je répondrais que je me sens comme extirpé de ma propre fosse, rescapé de mon propre caveau, où pourrissent d’ordinaire les moins que rien de mon espèce – celle dont le salaire ne s’approche qu’à grand-peine d’un montant à quatre chiffres. J’ai été moqué, humilié, refusé, chassé, abandonné, trahi enfin. Il me fallait le révéler ; Saint-Exupéry vous affirmerait qu’un esprit balafré n’offre rien à l’œil. Vous qui lisez ces lignes, vous vous tenez au seuil du projet qui me coûta deux vies : celle que j’ai délaissée pour bâtir cet édifice, faite d’études inachevées et d’examens sabordés, puis aussi celle que j’aurais pu déblayer, avec la patience des humbles, paragraphe par paragraphe, en m’efforçant d’être édité.

 

Nous faisons face, je le crains, à une terrible méprise : parce qu’un seul éditeur suffit à tout un groupe d’auteurs, celui-ci s’est pensé chef de la troupe, apte à faire fructifier sa fortune sur les efforts d’autrui. Toutes mes forces, jusqu’au dernier conscrit, furent lancées dans cette reconquête de nos droits. La bataille nous brisera ou nous verra vainqueurs, auréolés d’une renommée sans pareille, car jamais il ne s’est tenté manœuvre si téméraire que la nôtre. Vous assistez à la toute première résistance organisée dans l’histoire des auteurs ; il n’est pas galvaudé de le claironner. Voici que sont jetées les fondations d’une auguste machinerie, d’une justice mue par la plus implacable logique !

 

Nous sommes les rois et les reines de notre destinée. Et nous le resterons, puissants ou misérables, riches ou pauvres, célèbres ou inconnus.

 

Frappons d’un même élan.

Œuvres publiées